Ateliê Est Nord Est, Saint Jean Port Joli, Quebec

Adriana est artiste brésilienne qui vit et travaille à Sao Paulo. Sa pratique s’intéresse principalement à l’hommage et à la remémoration par l’entremise d’un travail à la fois minutieux , acharné et éphémère. Pendant sa résidence à Est-Nord-Est, elle s’est investie dans la collecte d’objets de toutes provenances. Au cours de ses nombreuses déambulations dans la nature comme au village, elle a collecté un nombre impressionnant de ce qui peut être qualifié d’artefacts : bouteilles, flacons, outils et cannes de conserve rouillés, boîtes métalliques, pierres, morceaux de bois, terre, sable, fumier, vieux meubles déglingués, etc. Aucune discrimination n’était faite parce qu’Adriana perçoit tous ces éléments comme autant de témoignages évoquant la vie, traces du passé, traces du présent, traces d’une histoire sur laquelle il est important de se pencher, de réfléchir, voire de se recueillir.

Le trésor était volumineux, la taille de ses trouvailles aussi dans certains cas et, après la collecte, est venu le moment de classer par taille, par couleur, par provenance, par type de matière. Parfois, les objets étaient disposés sous forme de micro installations très esthétiques, d’autres fois, ils étaient empilés pour créer des sortes de sculptures. Toujours, cet assemblage vibrait d’une énergie particulière, tantôt évocatrice d’une douceur désuète ou porteuse d’une étrangeté suggestive. Les formes ainsi créées pouvaient être organisées de manière très cartésienne ou donner l’impression d’avoir été placées de manière désordonnée et désinvolte, ce qui bien sûr n’en était rien.

Ayant ainsi constitué patiemment cette sorte de musée, occupant à lui seul deux ateliers et certains espaces communs d’Est-Nord-Est, Adriana s’est ensuite affairée à la préparation d’un cérémonial funèbre. Ces funérailles sont le point culminant de son projet. Les objets collectés seront amenés en procession quelque part, en un lieu où ils seront abandonnés. Ce dernier rituel funéraire, qui s’est déroulé sous une pluie battante, voulait donner une dernière fois à ces choses le pouvoir d’exister avant qu’elles ne tombent dans l’oubli. Pour Adriana, le fait de déplacer les choses est fondamental. C’est un acte d’amour qui permet de leur accorder de l’attention qu’elles n’ont plus. En donnant ainsi de l’énergie aux choses, comme on devrait le faire pour les gens, on leur accorde de l’importance, on montre que leur existence n’est pas vaine…

Procéder de la sorte avec les objets permet à Adriana d’interroger, par ricochet, les valeurs sociales de notre époque.

2017. DOMINIQUE ULYS